L'Est Républicain - 29 février 2004

 "Les spéléologues sortent indemnes de leur exploration"

Hier en fin de matinée, le responsable d'un gîte de Nans-sous-Saint-Anne donne l'aterte. Il ne voit pas revenir un groupe de six spéléologues originaires de Tours.

Ceux-ci avaient commencé leur exploration de la traversée du Vemeau vendredi à 10 h 30. Cette course qui va de Déservillers à Nans-sous-Sainte-Anne est classique et très appréciée des spéléos. Elle dure en moyenne 15 ou 16 h, parfois plus, cela dépend de la forme de chacun.

Hier, à 12 h 20, les pompiers sont alertés par les gendarmes et décident d'intervenir. Le Spéléo secour-français s'est mis lui aussitôt en état l'alerte. 17 personnes étaient prêtes à intervenir et un médecin était en pré-alerte.

Finalement, les touristes sont sortis par leurs propres moyens à 16 h 25. M. Pasian, du Spéléo secours du Doubs, précise : « Le groupe a progressé, s'est reposé, et s'est alimenté régulièrement. Ils ont géré correctement leur exploration. Nous n'étions pas trop inquiets, car nous avons été confrontés au même cas de figure en janvier dernier. Nous avons envoyé sur place deux spéléos mais nous ne comptions pas intervenir avant 16 h. »


L'Est Républicain - 03 mars 2004

"Des spéléos mécontents du travail des pompiers"

Visiblement agacés, les spéléos du Doubs par l'intervention des pompiers sur Nans-sous-Sainte-Anne samedi. « Ils ont dépêché des moyens trop importants, inutiles, incompétents... », expliquent Emmanuel Ruiz, président du comité départemental de spéléologie du Doubs et Didier Pasian, conseiller technique départemental. « Au bout du compte, c'est l'image des spéléos qui prend. Et l'on entend partout que les spéléos coûtent cher à la société. »

Petit rappel des faits : vendredi, un groupe de spéléos s'engage dans le réseau du Verreau, 35 km de développement. La balade est prisée. « On peut rentrer à Déservillers et ressortir.à Nans-sous-Sainte-Anne, quelque huit kilomètres plus loin. Habituellement, il faut quinze à vingt heures pour faire le parcours. »

Inquiet en milieu de matinée samedi de ne pas avoir vu les hommes revenir, le responsable du refuge alerte les secours. Il essaie de joindre Didier Pasian en vain. Il se tourne donc vers la gendarmerie. Se met alors en place le processus en vigueur. « La fédération est en charge des secours en milieu souterrain en concertation avec la préfecture et les pompiers. » C'est ce qui se passe samedi. Didier Pasian, la préfecture et les pompiers décident de la marche à suivre. Il est décidé d'attendre jusqu'à 15, 16 h avant d'agir. « Notre préconisation était d'envoyer deux hommes à nous à 16 h si les spéléos ne réapparaissaient pas », précise Didier Pasian.

Cela n'empêche nullement les pompiers de dépêcher de gros moyens sur place dès la fin de la matinée. Et c'est cela qui agace les responsables spéléos.

« Des moyens disproportionnés »

« Ce n'est pas du tout ce qui avait été décidé.. Et, comme nous le pensions, les spéléos sont sortis de terre par leurs propres moyens vers 16 h 25. Il n'y avait vraiment pas de quoi engager de tels moyens. »

« Au bout du compte, c'est notre image qui souffre », reprennent Emmanuel Ruiz et Didier Pasian.

« En France, il y a 2.500 de nos hommes volontaires prêts à intervenir bénévolement. Les moyens que nous mettons en oeuvre ne coûtent rien à côté des moyens mis en place par les pompiers. Mais cela n'empêche nullement la majorité de penser que ce sont nous qui coûtons cher aux contribuables. »

Du côté des pompiers du Doubs, on ne comprend pas cette polémique. « D'autant plus que la réunion de débriefing n'a pas encore eu lieu », s'étonne le colonel Moreau qui précise également : « C'est d'autant plus surprenant que je suis de l'un de ceux qui, au niveau national, défend l'idée que les secours spéléos doivent être la prérogative des spéléos. »

Quoi qu'il en soit, le colonel Moreau comprend tes moyens mis en oeuvre par ses hommes. "Notre rôle consiste en un appui en surface : sécurisation du secteur et accueil des éventuelles victimes. » Et si cela a été fait dès la fin de matinée, c'est parce que de tels moyens sont lourds à mettre en oeuvre. « Toute la partie opérationnelle en surface avec la logistique est très difficile à mettre en place. Parallèlement, notre moteur c'est l'anticipation. Nous nous devons d'être prêts lorsque cela sera nécessaire... »

E.D.


L'Est Républicain - 04 mars 2004

"Les pompiers répondent aux spéléos"

Notre article « Des spéléos mécontents du travail des pompiers » a suscité un vif émoi chez ces derniers. Mis en cause par les responsables spéléos du Doubs dans te cadre de l'intervention de samedi à Nans-sous-Sainte-Anne (notre édition d'hier), les sapeurs-pompiers s'insurgent par la voix de Jérôme Tissot, secrétaire général FO : « De quel droit les spéléos se permettent-ils de nous juger ? Les moyens que nous avons déployés étaient parfaitement judicieux et adaptés, comme l'a souligné le colonel Moreau. Nous avons anticipé en engageant dans un premier temps treize personnes et une ambulance pour six victimes potentielles. Où est la disproportion ? Par ailleurs, les spéléos seraient bien inspirés de balayer devant leur porte : les deux spéléos prévus pour aller porter secours n'avaient pas le matériel nécessaire. Ils sont venus nous trouver pour nous en demander, et nous leurs avons fourni ! »

Outre les questions de fond, c'est la forme d'expression du mécontentement des spéléos qui a scandalisé les pompiers : « S'ils ont des griefs à nous formuler, les séances de debriefing sont là pour ça. Etaler cela sur la place publique en nous traitant de "inutiles et incompétents" ne sert qu'à créer un climat de tension préjudiciable aux victimes. Le SSF (NDLR : Spéléo Secours français) et le GRIMP (NDLR : Groupe de recherche et d'intervention en milieu périlleux des sapeurs-pompiers) sont complémentaires. Les spéléos opèrent les secours sous-terrains et nous, nous réceptionnons les victimes à la sortie. Or, avec de tels propos, les spéléos créent un climat de tension. La prochaine fois où nous aurons à intervenir ensemble, il y aura fatalement des frictions qui risquent d'être préjudiciables au secours porté aux victimes, ce qui est pour nous la priorité. »

Le debriefing annoncé par le colonel Moreau s'avère nécessaire. Mieux vaut que spéléos et pompiers s'expliquent et crèvent rabcès autour d'une table qu'autour d'un gouffre où se trouveraient des personnes à secourir.

P.L.


 

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