L'Est Républicain - 24 mai 2004 (Doubs)

 "Spéléo secours : stage national Assistance Victime"

 

Spéléo : un peu de chaleur quand tout va mal

Quatorze spéléologues de haut niveau, venus de onze département, ont suivi un stage technique d'assistance aux victimes, ce week-end, à Montrond-le-Château.

La principale caractéristique d'un sauvetage souterrain restera à jamais sa durée. Tenir, tel est le maître mot après une chute, un malaise, un gros coup de pompe, une galère géologique ou météo.

Tenir le temps que la surface réagisse, le temps que les sauveteurs se rassemblent puis progressent, le temps que la remontée s'organise... Avec tous les aléas techniques, climatiques et médicaux qu'une telle opération comporte, cela peut prendre de quelques heures à plusieurs jours.

Point chaud

Profitant de ce long week-end de l'ascension, quatorze secouristes du Spéléo secours français (SSF), venus de onze départements, ont participé à un stage national d'assistance aux victimes à Montrond-le-Château. « Cette équipe est la première engagée avec le groupe de reconnaissance et la plus importante » explique Eric Zipper, vice-président du SSF, l'un des sept responsables de l'encadrement de ce stage technique.

Ces quatre à six sauveteurs ont pour mission, une fois le contact établi avec les spéléos en difficulté de les mettre en sécurité. « Ils resteront auprès d'eux jusqu'au bout afin de les soutenir moralement, d'établir un premier bilan de santé et surtout de les installer dans un point chaud. »

20 à 27 degrés

Ce point chaud est la meilleure garantie de survie des victimes. Quelques pitons, de la ficelle, des couvertures de survie, une bâche isolante, un matelas gonflable et un duvet très spécial mis au point par les spéléos voici une quinzaine d'année en constituent la base. « Il s'agit en fait d'isoler le blessé sous une sorte d'abri au coeur duquel la flamme d'une simple lampe frontale va permettre de maintenir une température de 20 à 27 degrés. Ainsi conditionné, suivant son état physique, il peut attendre plusieurs jours du moment où il est alimenté ! »

L'originalité de la doudoune réside quant à elle dans sa forme anatomique. « Des bandes velcro permettent de dégager un membre, le ventre ou toute autre partie du corps du blessé sans le déshabiller totalement. » Des moyens simples et peu coûteux d'envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité « c'est rustique mais très efficace. La principale difficulté est de déterminer l'endroit où l'on va installer ce point chaud, à l'écart du va-et-vient, des courants d'air, des chutes de pierre et d'une éventuelle montée d'eau. »

Durer

Cette équipe d'assistance aura aussi la tâche « d'indiquer l'ampleur des secours à mettre en oeuvre et d'économiser l'engagement immédiat d'un médecin spéléo. » L'entraînement régulier avec des médecins l'autorise à donner un premier avis suffisament éclairé. « Le secourisme sous terre n'a rien à voir avec le secours extérieur. Quand on intervient, l'accident s'est produit il y a déjà plusieurs heures. Il en faudra plusieurs autres pour ramener le blessé à la surface. L'expérience spéléo compte plus qu'une qualification extrêmement poussée au secourisme. On traite principalement des gens qui sont doucement en train de s'enfoncer. »

Ces spéléos de haut niveau technique vont devoir durer eux aussi. C'est pourquoi ce week-end, outre les techniques de manipulation des blessés et l'établissement du point chaud, ils ont également suivi un module de gestion du stress psychologique, le leur cette fois. « Ce qui est important pour nous, c'est de standardiser nos procédures afin de rationaliser le fonctionnement de gros secours au plan national au cours desquels des équipes peuvent être acheminées de toute la France » conclut Eric Zipper.

 Qu'est-ce que le Spéléo secours français ?

La spéléologie est peut-être bien la dernière activité sportive qui s'organise de façon totalement solidaire et autonome. Fondé en 1977, le Spéléo secours français sait pouvoir compter sur 2.400 sauveteurs aguerris parmi les 16.000 licenciés de la fédération. Bénévoles, civils, ils s'entraînent et s'équipent sur leur temps et leurs deniers personnels. Il n'y a qu'en intervention qu'ils seront défrayés sur la base accordée à un sapeur-pompier volontaire.

Chaque département dispose de plusieurs conseillers techniques nommés par arrêté préfectoral. Ils gérent toute la partie souterraine des secours. Cette compétence unique repose sur la passion et le souci de responsabilité des spéléos mais aussi leur expérience du milieu qu'ils explorent. Qui mieux qu'eux pourrait mener à bien cette mission de service public dans les meilleurs délais et avec le maximum de sécurité ? Car deux personnes secourues sur trois ne sont pas licenciées à la FFS. On l'a vu à Goumois, la plupart des accidents sont imputables à des amateurs inconscients des risques qu'ils prennent en pénétrant sous terre.

Les spéléos ont une autre particularité. S'ils demandent peu à la collectivité, il lui apportent beaucoup. Ils participent à la connaissance des réseaux souterrains, au suivi des flux aquifères, à la détermination des pollutions souterraines, à l'aménagement des cavités. Ils ont également su en plus de vingt ans d'activité développer des techniques spécifiques. Ils ont ainsi participé, entre autres techniques novatrices, à la mise au point du système de transmission par le sol (TPS) ou système Nicolas mais aussi à l'élaboration d'une civière étanche, unique au monde, capable de faire franchir à un polytraumatisé sous assistance respiratoire, un siphon noyé de 80 mètres de profondeur et/ou de plusieurs centaines de mètres de longueur.

Des secours à un coût minima

Entre 1990 et 1998, on dénombre une moyenne de 34 accidents souterrains par an en France pour un bilan de : 71 % de personnes ressorties indemnes, 26 % blessées et 3 % décédées. Moins du tiers concernent des spéléos licenciés. En 2003, 18 accidents seulement ont été enregistrés.

Si de rares opérations de secours ont frappé les esprits par leur durée et leur coût, la plupart des secours spéléo sont inférieurs à quatre heures. Quant au financement global du secours spéléo français il est quasi exclusivement à la charge du SSF. « Une équipe de 50 personnes revient à 9.147 € par an » calcule le SSF. S'il fallait créer et entretenir la même équipe dans un corps constitué « cela reviendrait 27 fois plus cher soit une différence de 236.860 € par an. Le coût total des sauveteurs civils du SSF est en moyenne de 54.000 € pour toute la France. »

Dans le Doubs, 76 événements ont été enregistrés entre 1988 et 2003 soit moins de 5 par an. Le coût annuel sur cette période pour la collectivité s'élève à 9.314 €, indemnités de perte de salaire, remplacement de matériel et remboursement kilométrique compris. Ce, eu égard au sauvetage exceptionnel du bief Paroux, à Goumois, qui a coûté à lui seul 51.380 €.

 Fred Gimenez

 


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