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Le Progrès du Jura - Dimanche 27 mars 2004 "La peur des "proprios" paralyse les spéléos"
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Craignant souvent d'être tenus responsables d'éventuels incidents, les propriétaires de terrains sur lesquels se situent gouffres ou grottes interdisent fréquemment l'accès de leurs propriétés aux pratiquants de spéléo. Des réticences dont sont aussi victimes les adeptes d'autres sports de pleine nature réputés dangereux. Une attitude que dénonce vivement Rémy Limagne, président du comité départemental de spéléologie. La peur paralyse les spéléos C'est parce que la spéléologie est méconnue qu'elle pâtit d'une mauvaise image, qu'elle fait trembler les propriétaires des terrains qui recèlent grottes ou gouffres. Par crainte d'une quelconque responsabilité en cas d'accident, ces derniers interdisent fréquemment l'accès de leurs propriétés aux pratiquants de spéléo mais aussi parfois aux adeptes de l'escalade, du vol libre, du canyonning ou encore du VTT. Une attitude que dénonce Rémy Limagne, président du comité départemental de spéléologie. |
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C'est un « appel au bon sens » que les spéléos du Jura désirent lancer par la voix de leur président départemental, Rémy Limagne. Des sportifs qui regrettent que, de plus en plus, leur terrain de jeu se réduise. « Nous ne sommes pas les seuls à subir ces restrictions » précise Rémy Limagne en citant le vol libre, l'escalade ou encore même leVTT... bref, toutes les activités de pleine nature. Un constat qui toutefois ne le console pas. Bien au contraire. Dernier exemple en date de cette attitude réticente, pour ne pas dire frileuse ou butée, la lettre de refus catégorique adressée à un club local qui projetait d'organiser une initiation dans la grotte « de Gomèse » située sur le commune de Mathenay, à l'occasion de la journée nationale du sport le 4 avril prochain. « Organiser une grotte ouverte à Mathenay dans un boyau étroit est pure folie et ne peut que dégénérer en accident » argumentent les propriétaires du site qui précisent qu'il « n'est pas question d'autoriser la manifestation ». |
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La voix de l'ignorance En l'occurrence, « c'est typiquement l'ignorance qui parle » déplore Rémy Limagne « et le réflexe, c'est d'interdire ». Alors évidemment, dans la mesure où ces réactions ont la fâcheuse tendance à se multiplier, « ça devient pesant ». « Avec les Jurassiens, nous n'avons généralement pas de problèmes » note le président du comité départemental qui s'en félicite. Vraisemblablement, ces oppositions radicales se justifient par la crainte de voir sa responsabilité engagée. « Or ce n'est jamais le cas ! ». D'abord parce que les spéléos ne sont pas des kamikazes qui prennent des risques inconsidérés et qu'en conséquence, les accidents s'avèrent plutôt rares (21 en 2003 sur toute la France dont un seul mortel) et surtout, parce que les secours sont, conformément à la loi, pris en charge par les victimes elles-mêmes ou leurs assurances lorsqu'elles ont pris la précaution d'en souscrire une. Ce qui est évidemment le cas pour les groupes organisés que sont les clubs et autres comités affiliés à la fédération. Et dans la mesure où les restrictions d'accès ne sont généralement destinées qu'aux spéléos (non pas aux promeneurs, aux cueilleurs de champignons, aux skieurs ou aux chasseurs), les adeptes du milieu souterrain dénoncent l'injustice. Ce qui semble paradoxal aussi, c'est que les interdits ne s'appliquent qu'aux pratiquants organisés, ceux justement qui sollicitent des autorisations. A l'inverse de la pratique sauvage théoriquement plus exposée aux risques. Et cette contradiction est donc ressentie comme une injustice flagrante. |
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Une commission pour trancher Quant à l'image, souvent erronée, de la discipline, les pratiquants en souffrent. Non, ce ne sont pas des inconscients, un brin enfantins, qui crapahutent dans les grottes et les gouffres en faisant fi des principes élémentaires de sécurité. Et par ailleurs, lorsque se produisent des sécheresses comme ce fut le cas à l'automne dernier, les spéléologues, les seuls susceptibles de se rendre compte sur place de l'état des réserves d'eau, « deviennent subitement intéressants » note Rémy Limagne avec amertume. |
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Reste que la perspective de l'application de la loi du 6 juillet 2000 qui prévoit l'institution d'une commission départementale des espaces, sites et itinéraires relatifs aux sports de nature, placée sous l'autorité du président du Conseil général, constitue une piste intéressante pour les spéléos mais aussi plus largement pour tous ceux à qui la nature sert de terrain de jeu et d'épanouissement. En l'absence pour l'instant de publication de son décret, cette loi n'est appliquée que dans quelques départements à l'instar de l'Isère ou de l'Ardèche. Sa mise en place dans le Jura serait évidemment bienvenue puisqu'elle instaurerait une ligne de conduite et trancherait les éventuelles situations problématiques via notamment des conventions et l'élaboration d'un plan départemental des espaces, sites et itinéraires relatifs aux sports de nature. KARINE JOURDANT |