|
|
|
|
L'Est Républicain - vendredi 27 et samedi 28 décembre 2002 "Des sauveteurs en or pour Lingot" |
|
VESOUL [27/12/02]. Ils se décideront ce matin. Faut-il employer les grands moyens ou pas ? Dynamiter la roche, comme le suggèrent les spéléologues ? « On dit qu'un chien peut tenir une dizaine de jours ». C'est à cet espoir que se raccroche David Beudet. Samedi après-midi, le chasseur de l'ACCA de Vandelans effectuait une battue dans ce secteur du sud haut-saônois, limitrophe du Doubs, lorsqu'il a ciblé un renard. L'animal a été touché mais est parvenu à s'engouffrer, cent mètres plus loin, dans une cavité située sur un flanc rocheux surplombant la rive de l'Ognon, lieu-dit « La côte de l'angle », à La Barre (70). Des traces de sang ont été relevées à l'entrée de l'anfractuosité. Lingot, teckel croisé weichterrier âgé de 10 ans, « a senti le sang » et a suivi la bête dans le trou. Cinq jours plus tard, il n'en n'est pas encore ressorti. « Il jappait après le renard mais il a arrêté d'aboyer ce même jour, vers 17 h », indique David Beudet, domicilié à Rigney (Doubs), Fin de l'histoire ? Sûrement pas. Depuis, le chasseur de 28 ans passe la majeure partie de son temps à l'entrée de la galerie, un boyau de 2 à 3 m de large mais difficile d'accès pour l'homme. Lingot n'a pas donné signe de vie dimanche. En revanche, il a été entendu lundi. Suffisant pour que son maître décide d'avertir les secours. Les pompiers se sont rendus sur les lieux le lendemain après-midi. Ceux de Cirey-lès-Bellevaux, de Rioz, en présence du lieutenant Patrick Magry du SDIS de Vesoul. Suivaient leurs collègues luxoviens, munis d'une sonde et d'une caméra thermique pour tenter de localiser le chien. Sans succès : « la roche était trop épaisse », relate le chasseur. Mercredi matin, David Beudet était à nouveau sur place. « J'entendais gratter ». Chaîne de solidarité
Une petite dizaine de mètres a été dégagée. Des trous ont été percés ça et là pour tenter de trouver d'autres accès à la galerie. Le propriétaire de « Lingot » avait loué pour la journée un marteau-piqueur. « II est court sur pattes. Sans place pour se dégager, il suffit d'un obstacle pour qu'il ne puisse pas reculer. Ou peut-être a-t-il coincé son collier dans une racine. » David Beudet cherche une explication. Et espère. En attendant, il a sorti de sa voiture la caisse de « Lingot » et l'a laissée là où est descendu le chien samedi. C'est ici qu'il reviendrait s'il venait à s'en tirer seul. Philippe BROUILLARD |
|
VESOUL. [28/12/02] II était temps. Le moral de David Beudet commençait à faillir vendredi matin, à t'entame du sixième jour de recherches de Lingot. Son chien de chasse était depuis samedi dernier sous terre, coincé dans une galerie dans laquelle il s'était faufilé sur les traces d'un renard blessé (notre édition du 27 décembre).
Déjà l'an passé à Crosey-le-Grand Près de quinze mètres de terre ont ainsi été creusés en deux jours pour que le chien recouvre la liberté. Des spéléologues doubiens, volontaires et bénévoles, se sont relayés depuis jeudi, « On a tiré la terre avec des seaux au début. Mais après, il n'y avait pas assez de place. On l'a mise sur le côté sur 3 m », explique Pascal Juif, sociétaire de l'ASCR. Avec son collègue, Thomas Sergentet, les relais à l'intérieur de la cavité se sont effectués tous les quarts d'heure environ, trois fois plus au grand maximum. Couchés sur un bras, grattant de l'autre. « Le plus dur était de reculer depuis le fond », le passage ne donnant droit qu'à quelques centimètres d'espace. Pas de problème d'oxygène, en revanche. Seulement la nécessité de reprendre par moments son souffle. Une situation que le groupe de spéléos avait déjà vécue l'an dernier, à la même époque, à Crosey-le-Grand. Avec un succès comparable. Cavité bientôt bouchée Hier midi, « La côte de l'angle », qui borde l'Ognon, a perdu de son calme, le temps de quelques appels téléphoniques destinés à saluer les efforts salvateurs de tous : « Ça y est, on l'a ! ». Parmi les plus heureux d'apprendre la nouvelle, sans doute Jean-Marie Pelissard, le pompier du CODIS bisontin et expert en recherche au chien de sang. « C'est grâce à lui que nous avons eu le contact avec les spéléos » souligne David Beudet. Et quand on parie de chaîne de solidarité, on peut citer le patron de l'entreprise Taponnot à Ecole-Valentin (25). A la lecture de notre article vendredi, il a proposé de mettre à disposition du groupe une mini-pelleteuse. Seule la complexité du terrain, boisé et pentu, a annihilé l'offre. Le geste demeure, néanmoins... Chez les Beudet, à Rigney, les quatre autres chiens de chasse ont retrouvé de la voix. Lingot a eu droit à un bain et a repris des forces avant d'être emmené chez le vétérinaire. Ce n'est pas son premier rendez-vous chez le veto. Il y a cinq ans, le toutou s'était fait attraper à la gueule par un sanglier. Mâchoire inférieure démontée, Lingot vif depuis avec une plaque en fer et trois vis dans sa chair. Quant à la cavité, David assure qu'elle ne va pas rester longtemps ouverte. Philippe BROUILLARD |
|
Un petit commentaire...? Beau conte de Noël n'est-ce pas ? Emotion, solidarité, happy-end, et tout ce qu'il faut ! 3 compagnies de sapeurs-pompiers pour arriver à rien du tout, puis les spéléos qui en trois heures font le boulot de deux jours. Juste une question : lorsqu'il s'agira d'un humain, combien de temps devra-t-il s'écouler avant que ces mêmes pompiers ne se décident à faire intervenir ces spéléologues ? Je ne manquerai pas lorsque l'occasion se présentera de leur rappeler le "joyeux Noël de Lingot". Rémy Limagne |