Le Progrès Dimanche - 21 septembre 2003

 "Trois questions à Rémy Limagne, président du Comité de Spéléologie"

 Les deuxièmes journées nationales de la spéléologie se traduiront localement, le samedi 4 octobre, par une demi-journée d'animations proposées par le Comité Départemental de Spéléologie. Rencontre avec son président, Rémy Limagne.

 

 Le Progrès : La spéléologie est-elle un sport a ce point méconnu que la fédération organise une journée nationale de promotion ?

La spéléologie n'est pas un sport méconnu mais elle est connue sous une facette très négative. Il est question de spéléo en général quand il y a un accident. C'est toujours envisagé sous l'aspect « coût pour la collectivité » sans jamais envisager qu'elle puisse être bénéfique. Or elle l'est. Il suffit par exemple de dénombrer les grottes aménagées, l'atout touristique que ça représente, en terme de devises aussi... La plupart ont été découvertes par des spéléos. Dans le Jura par exemple on peut citer la grotte des Moidons qui n'existerait certainement pas sans les recherches des spéléos. Il y a tout l'aspect également connaissance du milieu souterrain. S'il n'y avait pas eu d'explorations depuis un siècle, on en serait encore aux vieux dragons...

La première loi sur la protection des eaux date de 1902.

C'est la loi Martel, du nom de celui que l'on considère comme le fondateur de la spéléologie. Ce dernier a mis en évidence le fait que les eaux souterraines ne sont pas filtrées et que donc les captages d'eau dans le milieu karstique sont très sensibles aux pollutions en amont.

Il y a aussi tout ce qui concerne la cartographie du milieu souterrain. Pour cela, il faut y aller... et il n'y a que les spéléos qui peuvent faire çà.

Dans le Jura, on a 2500 phénomènes souterrains localisés et cartographiés. D'ailleurs, je dois dire que j'ai été étonné de n'avoir pas été (ou très peu) consulté cet été sur les questions de ressources en eau.

Dans le Jura, comment et à quel niveau se situe la pratique de la spéléo ?

En zigzagant entre les obstacles qui sont notamment la multiplication des interdits directement liés à l'image négative de la spéléo. Les maires ont peur d'avoir une responsabilité en cas d'accident. Alors ils interdisent. C'est d'ailleurs un paradoxe. Parce que si c'est interdit de rechercher, alors on ne trouve pas.

On a le triste privilège dans le Jura d'inauguration de l'application de l'article « 54 » de la loi de février 2002 qui donne la possibilité aux communes de faire payer aux accidentés les frais relatifs à leur sauvetage. En tant que pratiquants organisés, on a une assurance. Par contre, un jour il y aura certainement un accident mettant en cause une personne non solvable.

Que va faire le maire s'il ne peut pas se faire rembourser ? Interdire la spéléo. Je ne conteste pas le bien-fondé de la loi. Responsabiliser les gens, c'est bien. Mais ça reste discriminatoire. On ne demande pas aux fumeurs de payer les frais pour soigner leur cancer. En terme de pratique à risque, il y a deux poids-deux mesures.

Concernant la pratique, on a du mal à se développer. On a 120 licenciés dans le Jura. Ce n'est pas énorme dans un département où le nombre de cavités se compte en milliers. On constate par ailleurs que la pratique est un peu vieillissante avec une moyenne d'âge de 35 à 40 ans.

Concrètement, quelles sont les actions qui seront proposées le 4 octobre dans le Jura ?

L'objectif de ces deuxièmes grandes journées nationales, c'est d'inverser l'image. Il y a ensuite la politique de recrutement. Des initiations seront proposées gratuitement à tous les gens qui voudront bien venir, en leur donnant également la possibilité de poursuivre l'activité au sein des clubs du Jura.

Cela va se dérouler à partir de 14 heures à Nevy-sur-Seille. Le rendez-vous est fixé à la mairie.

Dans la salle de la mairie, il y aura une exposition de photographies, des projections de diapos ainsi que toute la documentation du département sur les cavités du Jura. En même temps, des groupes pourront visiter une partie de la plus longue grotte du département, qui est la Borne aux Cassots. A noter que tout cela sera gratuit grâce à la générosité du Conseil général et de la Direction de jeunesse et sport.

Propos recueillis pas Karine Jourdant

Contact : comité départemental de spéléologie du Jura,

54 route de Pont de la Chaux, 39 300 Chatelneuf.

Tel : 03 84 51 62 08 ; fax : 03 84 51 63 88


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