L'Est Républicain - 20 octobre 2008

Les spéléos du dimanche

Beaucoup des visiteurs de la grotte Saint-Léonard n'y avaient jamais mis les pieds. Guidés par des experts, ils ont découvert cette cavité typique du jurassique.
« Ça fait 43 ans que j'habite Besançon et je ne suis jamais venu ici. Je croyais que c'était trop difficile d'accès », confie ce retraité. Il n'est pas le seul. Sur les deux premiers groupes de visiteurs, une majorité n'avaient jamais mis les pieds dans cette cavité. Pourtant située à quelques jets de pierre de la Citadelle, avec vue plongeante sur Rivotte et les Prés-de-Vaux.
Bonne idée donc que cette balade organisée hier par la LRSFC, la ligue régionale de spéléo, avec le concours de la Ville de Besançon. Aux Trois-Châtels, entre la Citadelle et La Chapelle-des-Buis, un sentier en face des vestiges de la voie romaine mène à l'entrée de la caverne en moins de 10 minutes.
« C'est moi le propriétaire ! Du moins de la parcelle en surface... », lance à la cantonade « le plus ancien habitant des Trois-Châtels », le pittoresque Louis Garniron, qui n'a jamais que 59 ans. « Cette grotte, c'était notre terrain de jeux quand on était gosse. »
« Elles sont où les chauves-souris ? », demande un môme de 4 ans. « En fait, il existe deux grottes Saint-Léonard. Celle que nous allons voir compte très peu de chauves-souris, une ou deux tout au plus. Car c'est la maison du courant d'air, avec de l'air froid au sol, de l'air chaud sous la voûte, ça ne leur convient pas du tout », explique Pascal Reilé, de la commission environnement de la LRSFC.

Les enfants espéraient voir des chauves-souris, mais elles nichent dans la grotte inférieure.

« L'autre caverne est située en contrebas. Là, elles y sont nombreuses, des centaines. Et protégées. La grotte Saint-Léonard inférieure, comme on la nomme, est fermée depuis un arrêté préfectoral de 1995.»
La supérieure s'ouvre par un joli porche « en forme de trou de serrure », d'une vingtaine de mètres de haut. Une galerie s'enfonce dans le sol sur une longueur de 115 mètres, en pente douce. Au bout, « on est coincé par un bouchon d'argile. »

Eclairage solaire

Le Doubs coule 120 mètres plus bas, « mais il y a 500.000 ans, la rivière était à son niveau. Elle noyait donc toute la cavité. »
Un serpentin de leds (des diodes semblables à des ampoules), court sur le sol. « C'est de l'électricité produite par des panneaux solaires, installés juste pour ce dimanche par la société bisontine Somega. »
Terminus en fond de galerie. Il a fallu courber l'échine pour ne pas se cogner à la voûte, dont la hauteur baisse au fil des pas, mais la visite est à la portée de tous les promeneurs du dimanche bien chaussés. « Vous êtes descendus dans les strates du jurassique supérieur », explique Pascal Reilé. « Ici, c'est un véritable labo de chimie. Voyez ces colorations rouges sur la paroi : ce sont des traces de fer. Et ce noir : des traces de manganèse. »
Au fait, pourquoi Saint-Léonard ? « Le nom d'un ermite qui se serait installé là, ou plus bas au bord du chemin de la Malate, on ne sait pas bien. » Les spéléos de la région ont de quoi assouvir leur passion : le gruyère comtois compte près de 10.000 cavités. « Sur la seule commune de Besançon, on évalue leur nombre à 150. Mais certaines n'ont été découvertes qu'à l'occasion de forages, personne n'est jamais entré dedans. »
Même pas un ermite.

Joël MAMET

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