L'Est Républicain - 19 septembre 2004

 Rang à la recherche de son petit Padirac 

 

 

Les spéléologues tentent, pendant tout le week-end, d'explorer plus en amont la galerie qui abrite un ruisseau souterrain à Rang.

Pendant plus d'un siècle, le village de Rang, près de L'Isle-sur-le-Doubs, a été alimenté en eau par une petite rivière souterraine captée dans les bois, à un jet de pierre du cimetière. Venu d'on ne sait trop où, mais vraisemblablement des monts du Lomont, le ruisseau, une fois passé Rang, finit sa course mystérieuse dans le Doubs, après une résurgence à la Fontaine d'Alhombre.

En fait, ce minuscule cours d'eau, qui n'a jamais été baptisé, n'est connu que sur quelques centaines de mètres Mais la galerie qu'il a creusée dans le calcaire au fil des millénaires, a de quoi exciter la curiosité les spéléologues : voûtée, elle est la plupart du temps suffisamment haute pour qu'un homme y tienne debout, et elle présente une largeur conséquente de trois à sept mètres. Avec, par endroits, de belles concrétions.

Mais depuis des lustres, la frustration des spéléos demeure intacte : moins de 700 mètres en amont du goulet par lequel on pénètre dans la galerie, toute progression est interdite. Un siphon, rempli de vase et d'eau, obstrue en effet entièrement la voûte, rendant le passage impossible. Qu'y a-t-il derrière ? Combien de kilomètres de galerie ? Peut-être des grottes ou qui sait, un gouffre, un petit Padirac franc-comtois... Quelles splendeurs ignorées, jamais déflorées, attendent depuis la nuit des temps les explorateurs des entrailles de la terre ?

Et les spéléos pompaient, pompaient...

Autant d'interrogations qui ont poussé les responsables de la Commission jeunes de spéléologie de Franche-Comté à tenter, ce week-end, de percer à la fois le mystère... et le bouchon. « D'autres tentatives avaient avorté, il y a de ça quelques années », se souvient le président du club, Dominique Watala, « cette fois, on a mis les moyens ».

 Plus d'une vingtaine de spéléos, confirmés ou jeunes, pour qui cette sortie constitue une captivante initiation, ont débarqué à Rang vendredi. Ils ont amené sur place l'imposant matériel nécessaire à l'opération, prêté par le Centre de spéléo d'Héricourt : un groupe électrogène, des kilomètres de câbles, de gros téléphones pour communiquer sous terre, et surtout, une lourde pompe capable d'extraire du siphon les hectolitres d'eau qui l'encombrent.

Tâche ingrate : il a fallu plusieurs heures aux spéléologues pour acheminer la pompe de 60 kg jusqu'au point crucial, en la trimbalant à plusieurs dans l'étroit conduit tapissé de boue et d'eau glaciale... De l'extérieur, le maire de Rang, Guy Girardot, et plusieurs habitants, n'ont rien perdu du déroulement des opérations, accueillant d'amicales acclamations, lorsqu'ils sortaient de leur trou, les travailleurs de l'ombre ruisselants de glaise humide.

 

Les jeunes et les habitants de rang ont pu se glisser dans la partie la plus accessible du ruisseau souterrain.

Hier, le pompage a pu commencer et devait durer plusieurs heures. « Pour l'instant, tout se passe bien », confiait Dominique Watala en début d'après-midi, en espérant avoir vidé le siphon aux alentours de minuit. Ensuite ? Ensuite, les spéléos comptaient bien poursuivre enfin leur chemin, en souhaitant très fort que le petit ruisseau les surprenne...

S.L.


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