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| L'Est Républicain / 17 octobre 2010
Un câble tendu en tyrolienne au-dessus des 120 m de gouffre, et un treuil pour descendre au fond. Un « voyage » de six minutes au centre de la Terre et au centre de la poudrière. Le Trou de Jardelle, situé sur la commune de Chaffois, la plus grande verticale du Doubs en matière de spéléo, est, on le sait, une décharge à ciel (presque) ouvert qui, après la Première Guerre mondiale, a reçu des milliers de tonnes d’obus. Surveillance Des opérations de surveillance sont périodiquement menées. C’est le cas ce week-end, alors qui la dernière eut lieu en 1995, après une première en 1982. Combien de milliers de tonnes ? On estime entre 3 000 et 5000, en l’absence d’archives précises sur la question. Mais quand le gouffre fut exploré pour la première fois au début du siècle dernier, le gouffre descendait à -150 m. Aujourd’hui, il est à -120 : 30 m d’éboulis et de munitions ! En outre, les témoignages rapportent qu’on avait installé une voie ferrée avec wagonnets (on retrouve des rails au fond) pour déverser les munitions : il ne s’agissait pas d’un petit stock ! Hier, au cours de l’opération menée sous l’œil du sous-préfet de Pontarlier, François Valembois, par la Sécurité civile (direction de Paris et équipes de Colmar et Strasbourg) avec l’aide technique du Comité départemental spéléo 25, sont descendus démineurs et spéléos, dont l’hydrogéologue bisontin Pascal Reilé. Avec pour mission, pour les premiers, de prélever un échantillonnage d’obus pour examen de l’enveloppe et du contenu, et pour les seconds, d’effectuer des prélèvements d’eau et de sédiments en amont et en aval des munitions. « Cette nouvelle exploration aura pour but de confirmer que les obus présents au fond du gouffre ne portent aucune atteinte à l’environnement » précise le communiqué officiel. Le souvenir de la récente pollution de la Loue, dont la source est située à 11 km à peine de Trou de Jardelle, plane au-dessus du gouffre. Toutefois, même avant la publication des résultats, chacun s’accorde à reconnaître que les munitions ne sont pas, du moins actuellement, une source de pollution majeure de la Loue (les premières analyses n’ont pas révélé de toxiques) et qu’il faut chercher ailleurs les causes des problèmes actuels de la rivière. Mais quid de l’avenir ?
Chantier titanesque « Les obus ne sont que peu oxydés, ils peuvent encore rester deux ou trois siècles ainsi ; mais attendre, c’est reculer le problème » dit un spéléo. Cependant, personne ne saurait envisager un nettoyage prochain du gouffre. « C’est faisable, mais avec de gros moyens financiers » explique un autre spéléo. Le scénario, c’est, en effet, à raison d’une tonne d’obus extraite par jour, un chantier de quinze années (en comptant les périodes d’intempéries). Les obus extraits seraient stockés dans un polygone de protection et détruit régulièrement par explosion ! Un démineur disait qu’il ne désespérait pas de voir l’opération se dérouler… avant sa retraite, soit avant une vingtaine d’années ! Le contexte ne fait cependant pas du Trou de Jardelle un objectif prioritaire : « C’est un petit dépôt, il en existe de beaucoup plus importants, avec d’autres problématiques. Et les effectifs de démineurs ne sont pas si importants en France… » Pierre DORNIER |