L'Est Républicain - 11 octobre 2009

 

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Poubelle, la vie des gouffres

 [voir reportage télévisé]

Les Louttons, les gouffres de Chaffois transformés en décharges sont nettoyés par les spéléos du Doubs. Opération de salubrité publique et d'intérêt pédagogique.
Une voiture, une cuvette des W-C, des machines à laver, des bidons de 200 l d'huile pleins : Prévert aurait été spéléo, c'est une petite partie de l'inventaire qu'il aurait pu faire ce week-end en participant à l'opération nettoyage initiée par le Comité départemental de spéléo du Doubs.
Il avait choisi les gouffres des Loutons, ils sont trois, sur la commune de Chaffois pour une action annuelle qui sert de « plateforme d'éducation à l'environnement. »

 

Un cas explosif


Avant le passage des spéléos (l'opération publique se termine en début d'après-midi ce dimanche), c'était poubelle la vie des gouffres, après c'est plus belle la vie.
Une soixantaine d'amateurs des 14 clubs doubiens n'ont pas ménagé leur peine pour sortir des trois cavités, des dizaines de m3 de déchets. À tel, point qu'ils n'avaient pas prévu assez de bennes pour les évacuer.
L'action s'est déroulée, hier, en présence d'un public nombreux. « C'était le but, sensibiliser les gens », indiquait le Bisontin Jean-Pierre Villegas, un des réferants de l'opération, qui précisait : « On parle de nettoyage plutôt que de dépollution parce qu'on ne sait pas si on pourra aller au bout ».
Les gouffres en question n'ont en effet jamais été explorés à fond, avant de se transformer en poubelle à ciel ouvert.
De fait, le travail effectué par les spéléos a tellement impressionné le public qu'ils ont vu arriver, sans l'avoir sollicité, un engin de travaux forestier pour les aider. Pas facile en effet, de remonter au treuil installé sur tyrolienne et actionné à la main des blocs de béton, et autres objets lourds et volumineux.
Les déchets étaient triés sur place avant d'être évacués.
Symbolique : dans les strates d'ordures est apparue la pancarte indiquant « Décharge interdite »
La sensibilisation s'est faite sur le tas (d'ordures) mais aussi par une conférence le soir à Chaffois, au cours de laquelle on n'a pas manqué d'évoquer, le cas du Trou de Jardelle, la plus emblématique décharge souterraine de Franche-Comté, plein d'obus. « C'est aussi pour cela qu'on a choisi Chaffois », reconnaissait Agnès Barth, également référent de l'opération. Une question explosive ! (voir encadré).

La qualité de l'eau


« Bien sûr, on constate une évolution favorable de la part des collectivités qui ont elles-mêmes réhabilité des décharges, le Creux de Renale dans le Val d'Usiers par exemple .Et ici, on apprécie la collaboration avec Chaffois et la CCL. Il y a aussi une prise de conscience du public. On ne trouve plus de cadavres de bétail par exemple (mais encore des restes de chasse.), il y a les lois sur l'équarrissage, la traçabilité du bétail, sur la protection des eaux, l'installation de déchetteries qui ont amélioré la situation ».
Toutefois, dans le tas d'ordures extraites, on voyait des thuyas « tout frais », de la laine de verre, ou des plastiques beaucoup plus récents que l'époque où, de bonne foi, les gouffres étaient la décharge communale, parce qu'il n'y avait rien d'autre.
C'est pourquoi l'action menée par les spéléos régulièrement (l'an dernier à Levier) depuis une quinzaine d'années a toujours sa raison d'être. « On estime à 200 les décharges sur les 5.000 cavités du Doubs. Il faut insister pour montrer que ce n'est pas anodin de jeter dans la nature, surtout dans notre région, pour la qualité des eaux en aval en dépend. »
Pour prouver les relations jamais établies entre les Loutons et les sources de la Loue, des colorations sont faites. Des spectrofluorimètres sont installés dans la Loue pendant quelques jours. L'opération permettra aussi de compléter la connaissance des réseaux hydrologiques.

Pierre DORNIER

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