L'Est Républicain - 05 octobre 2008

 

Les invités des cavités

Week-end « grottes ouvertes » à travers la Franche-Comté. Découverte d'un milieu souterrain à préserver.
Bienvenue au sous-sol. Tout le monde descend. Au programme, une visite guidée du milieu souterrain de Franche-Comté, version gruyère. Ou l'univers karstique conté par des spécialistes. Habitants non sédentaires de ces gorges, grottes, gouffres ou galeries. Passionnés chevronnés qui enfilent, le temps d'un week-end, la combinaison de spéléo-pédagogues pour permettre à un large public d'évoluer dans cet environnement sensible.
« La plupart des gens ont déjà visité des cavités touristiques », constate Mouloud Koob, du groupement spéléo du Doubs, « mais peu ont exploré une grotte sous cet angle ». Avec les contraintes que ce voyage au cœur de la Terre implique. Un casque, des bottes étanches et une petite laine pour être efficacement armés contre la rigueur du milieu.

Les visites se poursuivent aujourd'hui dans différents sites.

L'âge et la taille ont aussi leur importance. Sous la toise, Jade n'est pas en retard. Bon sang ne saurait mentir. Il faudrait d'ailleurs sérieusement réhausser le plafond de la grotte si papa et maman voulait s'y engouffrer sans se plier en deux. La mignonne blondinette devra tout de même rester sur les genoux paternels pendant que son grand frère Cléo prospecte cet endroit pour lui complétement inconnu. L'impatience se lit dans son regard. Solidement arrimé à la main fidèle de maman, il boit les explications fournies par Janguy Maillet, spéléo aguerri et fil d'Ariane du groupe.

« Dénoncer les pollutions »

Ce week-end « grottes ouvertes » sert également de support à tous ces spécialistes de la navigation souterraine pour sensibiliser le public sur la « fragilité de ce milieu. Prenez la cavité de Saint-Vit, où nous sommes aujourd'hui », indique Dominique Watala, « une cavité située à moins de 10 m sous terre, qui peut subir les influences négatives du niveau aérien. Dans ce sol karstique, les pollutions à la surface se traduisent immédiatement par des attaques du sous-sol. Dans de nombreuses grottes, on observe d'année en année des traces d'hydrocarbures qui marquent les concrétions ».
Jean-Louis Thollon, du groupe claustrophile du plateau de Montrond, est venu en copain, pour donner un coup de main. « Nous, spéléos, sommes les témoins de ces agressions du milieu souterrain. Nous sommes là pour répercuter ces infos et dénoncer ces pollutions. De nombreuses cavités ont encore une activité hydraulique. S'il y a une pollution humaine, cela se ressent immédiatement. L'eau va devenir une denrée rare, s'il n'y a plus de rivières en surface, il faudra aller la chercher en profondeur. D'où l'intérêt de s'efforcer à préserver ce milieu naturel ». Le message est clair comme de l'eau de roche...

Éric BARBIER


 

Dans la rivière sans nom

Un voyage sous la terre, à l'invitation des spéléologues de Mandeure, pour le grand public hier à Rang.
« Surprenant, l'eau n'est pas glacée ! » Ça vaut mieux, parce qu'elle a tendance à passer par dessus les bottes. Sinon, les spéléologues d'un jour sont ravis de s'être promenés sous terre, dans les couloirs creusés dans le calcaire de Rang par une petite rivière sans nom.
Elle est née de l'eau du col de Ferrières et chemine jusqu'à la fontaine d'Alhombre, vers le lit du Doubs, par des galeries comme celle-ci.
La visite se fait parfois courbé, et même de temps à autres avec la nécessité de grandes enjambées pour éviter un piège, juste éclairée par les loupiottes des casques. « Ceux-là, on les apprécie ! » : le plafond peut se révéler un peu trop bas...

La grotte de Rang, facile d'accès, permet aux néophytes de goûter à la spéléologie sans danger particulier.

Le groupe de spéléo-archéologie de Mandeure aime à faire connaître ce site : « Il est facile d'accès et il ne demande pas d'équipements spéciaux à installer », explique Claude Paris, un des membres fondateurs il y a 29 ans et actuel président.
La rivière et sa grotte ont été découvertes en 1870, à l'occasion du chantier du chemin de fer. « La rivière passe juste sous la voie. Il faut ramper. Ça m'est arrivé de le faire au moment où le train passait. Tout vibre, c'est extraordinaire », raconte le spéléologue. Les visiteurs d'hier n'ont pas connu ce grand bonheur.
Le cours d'eau trouvé, un point de captage a été créé pour acheminer une partie de son débit vers Rang et alimenter une fontaine. C'est par l'ouverture de ce point de captage que l'on se glisse dans les profondeurs en ce samedi.
Le couloir visitable atteint par endroit plusieurs mètres de large. Il s'étend sur 1.208 m. À chacune de ses extrémités, il est fermé par un siphon. Celui de l'amont a une profondeur d'une dizaine de mètres : « On a essayé de le pomper pour aller voir de l'autre côté, nous n'y sommes pas parvenus. » Les visiteurs le regrettent.
Si le club de Mandeure participe à de telles journées, c'est bien sûr pour révéler des vocations et gonfler son effectif de seize membres : « Nous sortons tous les week-ends. Il y a deux ans, nous sommes allés 15 jours en Roumanie ; en 2001, 15 jours au Maroc », glisse Claude Paris, tentateur, encore dans le souvenir. Les sorties hebdomadaires ne se réduisent pas à de seules visites, ce serait lassant : « Nous creusons, nous cherchons toujours de nouveaux réseaux ».

Bernard PICARDAT


[retour]

[accueil]