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L'Est Républicain - 4 novembre 2010 Le spéléo belge sauvé Benjamin Quintart, 31 ans, a pu remonter à la surface sur ses jambes, hier, à 14 h 30.
Benjamin Quintart, 31 ans, agent immobilier dans la banlieue chic de Tournai, en Belgique, gardera un souvenir certainement inoubliable de ces vingt-quatre heures passées au fond du gouffre d’Ouzène, au lieu-dit la Baraque aux violons, sur la commune de Tarcenay. Hier, à 14 h 30, c’est la mine un peu pâlotte mais sur ses deux jambes, qu’il a quitté le site où, depuis la veille à 19 heures, le Secours spéléo français (SSF) et les pompiers du Doubs mutualisaient leurs efforts pour le tirer d’une situation très inconfortable. Avant sa remontée à l’air libre, Benjamin Quintart aura passé vingt heures, prisonnier d’un « trou de blaireau », un boyau ridiculement étroit dans lequel il s’était enfoncé de manière un peu aventureuse. Ses sept compagnons d’équipée, tous membres du club spéléo Tornacum (Tournai en latin) ont tout tenté pour l’en extraire d’eux-mêmes, jusqu’à lui attacher une corde aux pieds, mais ont dû jeter l’éponge au bout de quatre heures d’efforts et avant de donner l’alerte. À l’arrivée des secours, la mesure du problème est rapidement prise par les spéléologues du SSF. Ce gouffre école, dont l’exploration a débuté en 1900, est une des grandes « classiques » du département. Le spéléo belge est coincé tout au fond. Ce qu’il a pris pour une galerie serrante, un type de configuration à laquelle il est habitué (voir encadré), est en fait un cul-de-sac. Il est coincé après un « s » très sec à près de 5 m de l’entrée de l’étroiture, à 60 m de profondeur et 500 m de développement par rapport à l’entrée du gouffre. Il ne peut plus ni avancer, ni reculer mais n’est pas comprimé. Un marteau-piqueur pneumatique relié à un compresseur en surface est rapidement mis en œuvre et le long travail de dégagement commence. « Vers minuit, il a commencé à ce sentir mal dans l’atmosphère confinée du boyau et nous avons dû lui faire parvenir un tuyau pour lui envoyer de l’oxygène pur » explique un des sauveteurs, « ce qui lui a permis de mieux gérer son stress, le moral revenant au fur et à mesure qu’il sentait les copains progresser derrière lui. » Benjamin Quintart est finalement extirpé du piège à 9 h 45 et ramené dans un point chaud sommaire où un premier bilan de santé est effectué. À 10 h 30, les nouvelles qui remontent à la surface par téléphone sont bonnes. Le spéléo, qui a souffert également d’une légère hypothermie, envisage même de remonter par ses propres moyens. Il est cependant décidé d’agrandir une étroiture qui relie deux salles. Benjamin Quintart l’a passée sans difficulté à l’aller mais les spéléologues qui l’encadrent préfèrent, eu égard à ce qu’il vient de vivre, éviter de le replonger dans une situation d’inconfort pouvant générer un accès de panique compliquant fortement le retour. La remontée est entamée vers 13 heures, après un temps d’attente mis à profit pour s’occuper de la victime. « Ce n’est jamais du temps de perdu » explique Sylvain Borie, conseiller technique du SSF qui gère le dispositif, « cela permet de le requinquer, le réchauffer et lui redonner confiance. » À 14 h 30, Benjamin Quintart est extrait du trou avant d’être engouffré dans une ambulance en direction du centre hospitalier Jean-Minjoz, où un bilan de santé complet l’attend. « Victime de la routine » L’éclairage des spéléologues BelgesPour Xavier Rolland, président du spéléo club Tornacum, ce n’est « ni un accident, ni une bêtise ! » « Nous étions divisés en deux groupes de quatre et nos progressions distinctes devaient nous faire nous rejoindre dans la salle du fond. Quand nous sommes arrivés, les autres tardant, Benjamin a voulu vérifier s’ils n’étaient pas dans une autre salle reliée par ce boyau » explique un de ses camarades de sortie. « Il ne s’est pas méfié, car il y avait des signes de passage. D’autres avant lui ont dû se coincer là-dedans aussi mais moins profondément et on a pu ressortir. En même temps en Belgique, nous sommes très habitués à progresser dans des étroitures. Les réseaux sont plus jeunes et pas aussi développés que chez vous. C’est pour cela que nous venons dans le Doubs pour découvrir de belles salles… » Pour Xavier Rolland, le président du club spéléo Tornacum, « Benjamin pratique la spéléo depuis quatre ans, il a été victime de la routine. Ce n’est ni un accident, ni une bêtise. Un spéléologue est toujours dans la recherche d’un nouveau passage. C’est ça qui, en définitive, l’a mis dans l’embarras. » Fred JIMENEZ |