Le Progrès du Jura - vendredi 5 juillet 2002

 "Polémique autour du trou du crâne crevé à Géraise"

 

Les services de la Drac avaient annoncé leur intention de faire boucher un gouffre sépulcral pré et protohistorique à Géraise, c'est-à-dire l'obstruer par un déversement de matériaux. Hier matin, les différentes parties sont parvenues à un compromis : une fermeture de protection y sera installée. Mais si le trou est protégé, la plaie reste ouverte. Les archéologues voudraient pouvoir poursuivre leurs travaux.

COMBIEN de temps encore le « trou du Crâne percé » à Géraise, (à 9 kilomètres de Salins-les-Bains) gardera-t-il encore ses mystères ? Les réponses ne sont pas pour demain. D'autant que les questions sont nombreuses eu égard à ce que l'on y a déjà découvert. Et qu'un conflit est né à propos de la poursuite de l'exploration du gisement de sépultures pré et protohistoriques.

 Mais pourquoi évoquer ce « trou du Crâne percé » à Géraise ? Tout simplement parce que, mercredi soir, des bénévoles de l'association de recherches spéléologiques et archéologiques de Besançon étaient sur le qui-vive et alertaient la presse : « une entreprise devait venir le lendemain boucher le trou ». Ce qui était pour eux « inacceptable ». Rendez-vous était donc donné à la mairie de Géraise où Lucien Maraux, le maire, voyait arriver Christophe Cupillard, ingénieur chargé de l'archéologie à la direction régionale des Affaires culturelles (DRAC), entrepreneurs, président et secrétaire général de la fédération française d'archéologie, bénévoles passionnés par ce site. Et journalistes et caméra de la télévision régionale. Pour le plus grand agacement de Christophe Cupillard.

Michel Faivre, « co-inventeur » du site en discussion animée avec Christophe Cupillard, ingénieur chargé de l'archéologie pour la Franche Comté à la direction régionale des affaires culturelles.

 Discussions animées

 Très vite, le ton de la discussion allait monter. Notamment entre Michel Faivre un spéléologue amateur, "co inventeur" du site et le fonctionnaire de la DRAC. Avec force gestes, les deux hommes avancèrent des arguments contradictoires, dépassant parfois les limites de la courtoisie la plus élémentaire : la passion semblait rompre les digues. L'amateur argumentaitsur le non sens de boucher le trou et l'incurie des pouvoirs publics ; le fonctionnaire sur la nécessité de le protéger.

L'épisode s'acheva au bout de quelques dizaines de minutes, avec le départ du spéléologue amateur.

Il fut encore question dans la mairie, mais alors en terrnes courtois et responsables, parfois fermes, de courriers non reçus par le maire de Géraise, d'autres échangés entre Christophe Cupillard et Gérard Aimé, le président de la fédération française d'archéologie. Et d'appels téléphoniques n'ayant pas aboutis. 

Sur le bord du trou, fonctionnaire, archéologues, entrepreneurs ont trouvé un compromis.

Accord in extremis

Claude Bigey, secrétaire général de la fédération française d'archéologie, notera plus tard que, au cours de cette discussion, Christophe Cupillard avait infléchi ses positions : il ne parlait plus alors de « boucher le trou » mais de « le fermer pour le protéger » et qu'il avait également évoqué la possibilité pour les archéologues amateurs de déposer « une nouvelle demande de fouilles ».

Tout le monde se rendait ensuite sur le site, à l'extérieur du village et sur place, représentant de la DRAC, entrepreneurs, archéologues envisageaient effectivement le meilleur dispositif à mettre en place en fermeture de protection, et de manière également à écarter les eaux de ruissellements de la doline. Un accord était trouvé.

Cet épisode masque cependant le conflit actuel : les autorisations de fouilles pour la poursuite de la découverte ont été refusées.

RENÉ TRIBUT

Le trou du Crâne crevé est ainsi appelé parce qu'alors qu'elle cherchait un autre gouffre, une jeune spéléologue s'est mise à ramper dans un étroit boyau en décembre 1997. Sa première découverte fut un crâne trépané. D'où la dénomination du site. On notera que cette pièce archéologique devrait être entreposée au musée archéologique de Lons où elle retrouvera l'ensemble du matériel mis à jour dans ce trou.

De nombreux mystères

Gérard Aimé connaît bien ce site. La conduite d'un sauvetage urgent lui en fut confié au début de l'année 1998. La découverte avait été faite en décembre 1997. Ces travaux du printemps et de l'été 1998, sur 38 jours, ont permis de mettre en évidence une vingtaine de couches archéologiques avec un total de 16 sépultures et au total une vingtaine d'individus sur une chronologie de 3650 ans. Ce qui est déjà exceptionnel. 0r ces sépultures vont de la fin de la Gaule indépendante (entre -120 et -80 avant Jésus Christ) à une période remontant au néolithique moyen (autour de - 3800). Elles font état des rites mortuaires, témoignent de sacrifices d'animaux.

Mais comment expliquer ainsi que, sur plus de 3600 ans, on ait eu recours à cette cavité verticale pour des sépultures aussi espacées dans le temps ? Tout n'a pas été fouillé. « On sait qu'il reste au moins 1,50 m de sépultures » précise Gérard Aimé.


L'Est Républicain - dimanche 29 février 2004

 "La découverte de deux spéléos

Géraise. Le Trou du crâne percé a été découvert par hasard en décembre 1997 par deux membres du Groupe spéléo du Doubs, Nathalie Dufau et Michel Faivre. « Aujourd'hui, il n'existe plus de cavité ouverte qui n'ait pas été visitée. On peut encore trouver des gouffres à explorer mais il faut creuser », raconte Michel Faivre.

Nathalie a eu du nez lorsqu'elle a convaincu son compagnon de désobstruer le creux d'un rocher. « Au départ il y avait juste comme un trou de renard », explique-t-elle. Après avoir retiré quelques mètres cubes de terre au prix de plusieurs dizaines d'heures de travail, les deux inventeurs sont tombés sur un crâne percé, en fait trépané, d'où le nom donné à la grotte par la suite. Ils ont aussitôt prévenu leur ami Gérard Aimé, lui aussi spéléo émérite et archéologue passionné.

L'intérêt archéologique du Trou de Géraise est vite apparu à cet amateur éclairé. Moins, hélas, aux membres de la très officielle Commission interrégionale de recherches archéologiques (CIRA) qui a refusé pendant plusieurs années toute autorisation de fouilles. Décision avait même été prise de reboucher te trou, en mars 2003, pour sauvegarder te site ! La mobilisation des média a évité, de justesse, le pire. Les camions de sable étaient déjà là!

La détermination des membres du GRAPPM/ARSA a fini par payer. « L'an dernier, nous avons enfin obtenu une autorisation de fouilles de quinze jours. Et je viens tout juste d'avoir l'accord pour un mois de travaux cet été », se réjouit Gérard Aimé.

Tous les objets et restes d'animaux et d'humains trouvés sur le site rejoindront, après datation au carbone 14 des plus significatifs, le musée archéologique de Lons-le-Saunier.

B.B.

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