Un exemple de séance de découverte spéléologique :

La grotte Baudin,

(25 - Nans sous Sainte-Anne)

par Rémy Limagne, mai 1997, réactualisé août 2002

Document réalisé à l'attention des cadres, professionnels et bénévoles, assurant des encadrements de groupes dans la grotte Baudin, au départ du gîte du Lison.     

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La Grotte Baudin exutoire fossile du réseau du Verneau, développe environ 1000 mètres de galeries jusqu'au collecteur. Son site, sa morphologie, de même que son histoire, en font une cavité particulièrement intéressante pour une sensibilisation "intelligente" à la connaissance du milieu souterrain, et aux principaux aspects de la progression sans agrès en spéléo. C'est donc une grotte idéale pour une première incursion sous terre.

Nans sous Sainte-Anne et le cirque du Verneau

 1. ORGANISATION DE LA VISITE

1.1. La grotte Baudin, jusqu'aux ressauts d'accès au collecteur, entre dans la catégorie des cavités de classe II : pas de risque de crue, obstacles ponctuels parfaitement adaptés au niveau débutant. Notons qu'en cas d'évacuation brancardée, les principales difficultés de progression se situeraient plutôt à l'extérieur, sur le sentier d'accès.

1.2. Ces caractéristiques autorisent une certaine souplesse dans la constitution du groupe. L'âge et le nombre des participants ne sont pas ici des critères de sélection pertinents ; on accordera davantage d'attention à leur taille (des tout petits auront des difficultés sur le sentier d'accès, des très corpulents en éprouveront d'autres dans la grotte...), et à d'éventuelles phobies (clairement exprimées ou décelées lors d'une habile discussion) notamment peur du vide, peur de l'étouffement.

1.3. L'équipement individuel se composera évidemment de la tenue habituelle de spéléo : combinaison (non imperméable) et bottes. Le matériel spécifique minimum est le casque et son éclairage, plus éventuellement une longe.

Un choix doit être effectué entre éclairage électrique et éclairage à acétylène.

  • L'électrique présente comme avantage de dispenser du transport de la "dudule" (lourde et encombrante surtout pour les enfants), d'éviter le risque de traces de fumée sur les parois, et le risque de brûlures aux mains. Par contre l'éclairage faiblit rapidement pour devenir généralement insignifiant après 1h-1h30. Son prix de revient est de plus assez élevé.
  • L'acétylène éclaire beaucoup mieux (quand elle fonctionne correctement !) et plus longtemps. Changer le bec souvent évite beaucoup les noircissures involontaires et améliore la luminosité. Autre avantage ; le fonctionnement et le réglage de la lampe donne une petite dimension "technique" qui peut s'avérer très valorisante pour l'utilisateur. Contrainte incontournable : compter au-moins un litre d'eau pour trois lampes. L'entretien reste très délicat et prend beaucoup de temps (nettoyage).
  • La grotte Baudin présente au-moins deux particularités qui permettent d'orienter ce choix : la marche d'approche assez éprouvante, et la reptation dans la zone d'entrée. La dudule et l'eau constituent un poids non négligeable de matériel à monter, et la probabilité est grande pour que la lampe soit vide après 50 mètres à plat ventre. En plus le courant d'air est susceptible de souffler la flamme systématiquement.

En résumé, pour le cas spécifique de la grotte Baudin, un compromis intéressant pourrait être par exemple deux lampes à acétylène et le reste à l'électrique. Les acétos permettent un éclairage optimal dans les salles ; les électriques s'avérant de toutes façons indispensables dans le boyau d'entrée «par temps de grand vent»...

Faut-il investir dans des les fameuses lampes "leds" ? Si le but est d'économiser sur les piles, alors assurément oui ! Mais dans ce cas, et en fonction de ce que l'on trouve actuellement dans le commerce, il est nécessaire d'opter pour un éclairage muni de cinq lampes au minimum : découvrir le milieu souterrain ne saurait se réduire à écarquiller les yeux pour voir où on pose les pieds...

 2. DEROULEMENT DE LA SEANCE                                             

2.1. Présentation de la visite. Lors de la distribution du matériel, on pourra avoir intérêt notamment par temps chaud à fournir un kit par personne dans lequel chacun aura sa combinaison, son casque, et sa bouteille d'eau. La montée s'en trouvera moins éprouvante. On n'oubliera pas de présenter l'itinéraire et les caractéristiques de la progression sur la coupe. La topographie en plan de la grotte peut être emportée sous terre dans une pochette plastique.

2.2. Accès à la grotte. Il est raisonnable d'envisager une bonne demi-heure de montée. S'il n'est pas en kit, le casque sera sur la tête. jugulaire attachée, non tant pour des raisons de sécurité que pour éviter qu'il ne soit lâché et disparaisse dans la pente... La «vire» équipée d'un câble ne présente pas un risque objectif très grand ! Toutefois, en cas d'appréhension, il conviendra d'utiliser une longe. Attention à ne pas créer cette appréhension par des consignes trop insistantes.

Parmi les consignes justement, on n'oubliera pas de rappeler la présence d'une via ferrata très fréquentée en contrebas, et en conséquence de proscrire tout jet de pierre.

En chemin, deux pauses sont intéressantes :

  • La falaise de 10m, au pied de laquelle on peut aisément «toucher» le calcaire, observer des formes d'érosion par ruissellement et gélifraction (encorbellements, cailloutis) ; et éventuellement discuter de l'équipement des gens au départ de la via ferrata.
  • Le voisinage de la vire ensuite est un site d'observation capital : paysage d'abord pour lequel on identifiera escarpements + forêt = calcaire, et pentes herbeuse = marnes imperméables.

Un coup d'oeil ensuite sur la source du Verneau en contrebas, surmontée de plissements des strates très visibles

Enfin, juste après la vire, le petit escarpement à gauche permet de montrer de près strates, joints de strates, fissuration verticale. On peut même y montrer des spits...

Arrivé sur le site de la grotte, heureusement à l'ombre, on aura intérêt à rendre le groupe actif en lui suggérant de trouver l'entrée. Cela les amènera forcément à observer d'abord le plissement (flexure) de la grotte supérieure, qu'ils pourront ensuite reconnaître en débouchant dans la salle Simon Chorvot. Mais la recherche ne prendra que peu de temps : ils seront nécessairement attirés par la pancarte avertissant des risques de crue, mise en place à l'entrée du boyau.

2.3. Progression dans la grotte, orientation.                            

Aucun problème pour laisser une partie du groupe partir devant ; le cadre devant préciser simplement la nécessité de se regrouper dans les endroits larges (salle Emmanuel, salle du Chaos).

L'arrêt et le rassemblement du groupe dans la salle Simond Chorvot donnera lieu impérativement à une remise en état des lampes à acétylène, car il est exclu au-delà que quelqu'un ait un éclairage défaillant.

Après la salle Simon Chorvot, il sera intéressant d'utiliser la topographie, soit en demandant au groupe de se situer sur le plan, soit en leur confiant le plan pour qu'eux-mêmes se rendent à un endroit précis.

Il n'y a pas de difficulté de progression ; les consignes pourront se limiter à signaler certains passages glissants, et à ne pas trop salir l'eau des gours. Le groupe s'arrêtera forcément devant le siphon des Bouboules ou le passage des Parisiens.

Jusqu'à l'année 2000, le passage des Parisiens était une voûte mouillante particulièrement sélective ! Mais depuis, la voûte justement ayant été sensiblement "réhaussée", l'obstacle n'est plus aussi radical. Il est donc parfaitement envisageable pour tout le groupe d'accéder à la Salle Hope. Cela étant, l'embourbement reste inévitable, et le "bain de siège" probable... On n'aura donc pas intérêt à s'éterniser au-delà !

Dans la Salle Hope, consigne ferme de longer la paroi de gauche : il y a risque de chute au centre de la salle. Inutile d'aller dans le boyau d'accès au collecteur, par contre on pourra diriger le groupe vers le point bas de la salle, où la descente sur la calcite est de toute beauté. Dans une niche concrétionnée, une cascatelle alimentée par le ruisselet en provenance du passage des Parisiens, permet de se laver un peu...

Puis, la sortie se fera dans la foulée pour éviter le refroidissement des gens mouillés ; les observations sur la cavités doivent donc être réalisées avant !

Une variante dans les objectifs de la visite ; il n'est pas absurde d'utiliser le puits de 4m reliant la Galerie Principale et la Galerie des Gours pour pratiquer une initiation au descendeur. Une corde est installée à demeure. Cela n'entraînera pas une attente démesurée puisqu'il ne sera pas nécessaire de remonter par là, et ajoutera une dimension technique à la visite. Attention, cette activité impose l'acheminement d'un matériel plus conséquent.

En tout état de cause, une visite complète telle qu'elle est envisagée dans le présent document, n'est concevable que sur une bonne demi-journée, dont au moins 2 heures à 2 h30 sous terre...

 3. OBSERVATIONS A L'INTERIEUR DE LA GROTTE                        

 3.1. De l'entrée à la salle Simond Chorvot, le type de progression oblige à voir les choses de près ! Dès le premier élargissement, il est possible de montrer et d'expliquer l'évolution de la galerie.

Joint de strate parfaitement visible, dont le pendage descend vers l'intérieur de la grotte, diaclase plus discrète mais bien présente au centre du plafond, coups de gouge parfaitement identifiables sous le joint de strate : cet ensemble témoigne d'un creusement syngénétique (noyé, sous pression, à écoulement rapide),  la disposition des coups de gouge montrant que l'eau coulait vers l'extérieur, donc à contre pendage.

Cette galerie a évolué en conduit paragénétique (écoulement lent, sédimentation), avec dépôt d'argile très fine. témoignant de l'extrême lenteur de l'écoulement à ce niveau, puis même d'un trottoir de calcite d'un à deux centimètres d'épaisseur (bien visible juste avant la salle Simond Chorvot), dernière phase de la fossilisation de la galerie.

Il sera intéressant également de montrer le tronçon de galerie, plus spacieuse, se dirigeant vers la grotte supérieure repérée à l'extérieur.

Dans la salle Emmanuel, on peut profiter de la station debout pour montrer la coulée de calcite, parfaitement fossile ici, mais que l'on pourra comparer plus loin avec la "cascade" de la galerie principale.

3.2. De la salle Simond Chorvot au P4.

La salle Simon Chorvot est un point de rassemblement obligé, dans lequel le groupe aura besoin de souffler un peu. Son  intérêt  est  bien  sûr d'ordre géologique, et plus précisément tectonique. Pour une meilleure observation du plissement, le cadre aura intérêt à disposer quelques lampes à acétylène près de la sortie du boyau, et à faire monter le groupe assez haut sur le talus d'argile à gauche (vers le nord). Il n'est pas judicieux ici d'insister sur le miroir de faille, celui-ci étant beaucoup plus évident un peu plus loin.

La galerie qui suit est intéressante à plus d'un titre. D'abord, les coupoles de dissolution au plafond attestent d'un creusement en régime noyé ; or la galerie descend, alors qu'on a vu auparavant que l'eau ressortait. Le cadre doit donc clairement expliquer ici que l'eau remontait à contre-pendage. De l'eau qui coule du bas vers le haut, c'est une chose que les néophytes n'appréhenderont jamais seuls. D'autant que la présence et la disposition des gours atteste d'un écoulement actuel, certes réduit, mais dans l'autre sens...

3.3. La galerie des Gours.

L'intersection de la galerie de la boue et de la galerie des gours se situe au niveau d'un bloc intéressant à observer. On peut y voir, et même toucher, un miroir de faille remarquable ;  la similitude entre la surface du bloc et celle du plafond est frappante, et le sens des stries  indique  clairement  celui  du glissement.

Après cette observation de près, l'ensemble du plafond à la base du P.4 permet d'expliquer avec un point de vue plus général ce qu'est véritablement une faille, ou plutôt un ensemble de failles (on peut déceler plusieurs miroirs de faille superposés)

Au sommet de la galerie des gours, les observations porteront sur le concrétionnement. C'est le point d'observation idéal pour évoquer stalactites, stalagmites, fistuleuses, et argile de décalcification. On pourra aussi profiter (avec délicatesse) de la présence dans les traces de bottes de calcite flottante pour détruire l'idée reçue selon laquelle il faudrait des milliers (parfois millions !) d'années pour que la calcite se dépose.

La descente sur les gours gagnera en esthétisme si le groupe s'étale en peu (éclairage du profil de la galerie). C'est là le meilleur emplacement pour évoquer la formation des gours. Le caractère visqueux du siphon des Bouboules permet de mettre en évidence une étape essentielle de l'évolution d'une galerie : comment elle peut se combler entièrement. Cela permet de présenter une activité pas du tout évidente pour le néophyte : la désobstruction.

3.4. La galerie des Parisiens et la salle Hope.                              

A ce stade des observations, l'origine paragénétique de la galerie des Parisiens doit être évidente pour le groupe. L'existence de la "cascade" ajoute une phase récente de surcreusement du remplissage argileux.

Au-delà du passage des Parisiens, la salle Hope apparaît comme le plus gros volume de la grotte, et servira d'exemple pour évoquer «ce qu'il y a derrière» (le collecteur). Une observation globale du concrétionnement s'impose, ainsi qu'un repérage de la sortie du siphon des Bouboules : il sera judicieux à cet endroit de ressortir la topo. On peut éventuellement aller jeter un coup d'oeil dans la galerie d'accès au collecteur, pour voir l'équipement du premier ressaut : au retour, le groupe s'engagera vraisemblablement dans la galerie du Pat, occasion d'une sensibilisation à la question fondamentale de l'orientation sous terre.

3.5. Autres observations sous terre.

Sauf peut-être en été, la présence de chauves-souris est à rechercher dans à peu près toute la grotte. Il n'y a pas de colonie à proprement parler, mais on doit pouvoir en montrer quelques unes, en évitant évidemment de les déranger. A noter surtout la présence de 3 cadavres de chauves-souris dans la galerie principale : posées sur l'argile sèche, contre la paroi de gauche, à mi-chemin entre la cascade et le passage des Parisiens. N'y touchez pas ! Vous pourrez ainsi montrer les squelettes pendant des années...

Le sommet de la galerie des gours, et plus généralement toutes les zones humides sont favorables à la recherche des petits cavernicoles : il faut regarder de près, mais il y en a. Des ossements de rongeurs sont repérables et bien conservés dans les zones sèches (salle Simond Chorvot). La faune pariétale troglophile (araignées, papillons) est assez abondante dans la galerie d'entrée.

Dans cette même galerie d'entrée, on sera évidemment amené à expliquer l'existence du courant d'air, qui constitue la première «sensation forte» des membres du groupe.

La grotte n'a pas partout son aspect originel (heureusement...). On sera donc amené à décrire, et à justifier, les différents travaux d'aménagement (rampings à l'entrée, passage des Parisiens, fils de détonateurs dans la salle Hope).

Enfin, l'usage de la topographie amènera des questions sur la toponymie. Il conviendra pour le cadre de connaître la signification des noms propres...On pourra par exemple proposer pour la salle Hope à la fois une version anglophone et une interprétation plus triviale !

4. AU RETOUR

Le cadre peut sans problème fermer la marche à la sortie de la grotte. Une consigne de prudence s'avère néanmoins nécessaire pour éviter que quelqu'un ne roule dans la pente à l'extérieur.

Le retour au gîte est évidemment plus rapide que la montée. La vigilance du cadre n'en sera que plus grande, car celle du groupe sera fortement amoindrie, du fait de la fatigue et de l'euphorie de sortir du trou.

Si le temps le permet, une visite à la source du Verneau apportera un complément capital à tout ce qui a été vu dans la grotte, en visualisant notamment la notion de collecteur, impossible à appréhender dans la brotte Baudin.

Enfin, arrivé au gîte, on pourra conclure la séance en observant le plan général du réseau du Verneau, ce qui amènera les participants à relativiser ce qu'ils auront exploré. Il sera nécessaire à cette occasion de présenter une chronologie des explorations, les problèmes posés, de décrire la traversée... ce qui implique évidemment d'avoir consulté les publications majeures sur le réseau, ou mieux, de l'avoir soi-même visité !

5. BIBLIOGRAPHIE DE BASE                 

- Sur le Verneau et la grotte Baudin :

- Chorvot G. -1984 - Une épopée souterraine : les explorations dans le Verneau.

- Aucant Y., Schmitt C., Urlacher JP. -1985 - Le Verneau souterrain.

- Sur les observations et explications à développer :

Dossiers-Instruction de l'EFS, notamment :

  • Eléments de géologie.
  • Eléments de karstologie.
  • Approche de la biospéologie.

 

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