|
Cliquez
sur
pour voir la topo
| La Grotte Baudin exutoire fossile du réseau du
Verneau,
développe environ 1000 mètres de galeries jusqu'au
collecteur. Son site, sa morphologie, de même que son histoire,
en font une cavité particulièrement intéressante
pour une sensibilisation "intelligente" à la connaissance
du milieu souterrain, et aux principaux aspects de la progression
sans agrès en spéléo. C'est donc une grotte
idéale pour une première incursion sous terre.
Nans
sous Sainte-Anne et le cirque du Verneau
|

|
1. ORGANISATION DE LA VISITE
1.1.
La grotte Baudin, jusqu'aux ressauts d'accès au
collecteur, entre dans la catégorie des cavités de
classe II
: pas de risque de crue, obstacles ponctuels parfaitement adaptés
au niveau débutant. Notons qu'en cas d'évacuation
brancardée, les principales difficultés de progression
se situeraient plutôt à l'extérieur, sur le
sentier d'accès.
| 1.2. Ces caractéristiques
autorisent une certaine souplesse dans la constitution du groupe.
L'âge et le nombre des participants ne sont pas ici des critères
de sélection pertinents ; on accordera davantage d'attention
à leur taille (des tout petits auront des difficultés
sur le sentier d'accès, des très corpulents en éprouveront
d'autres dans la grotte...), et à d'éventuelles phobies
(clairement exprimées ou décelées lors d'une
habile discussion) notamment peur du vide, peur de l'étouffement.
1.3. L'équipement
individuel se composera évidemment de la tenue habituelle
de spéléo : combinaison (non imperméable) et
bottes. Le matériel spécifique minimum est le casque
et son éclairage, plus éventuellement une longe.
|

|
Un choix doit être effectué entre éclairage
électrique et éclairage à acétylène.
- L'électrique présente comme avantage de dispenser
du transport de la "dudule" (lourde et encombrante
surtout pour les enfants), d'éviter le risque de traces
de fumée sur les parois, et le risque de brûlures
aux mains. Par contre l'éclairage faiblit rapidement
pour devenir généralement insignifiant après
1h-1h30. Son prix de revient est de plus assez élevé.
- L'acétylène éclaire beaucoup mieux
(quand elle fonctionne correctement !) et plus longtemps. Changer
le bec souvent évite beaucoup les noircissures involontaires
et améliore la luminosité. Autre avantage ; le
fonctionnement et le réglage de la lampe donne une petite
dimension "technique" qui peut s'avérer très
valorisante pour l'utilisateur. Contrainte incontournable :
compter au-moins un litre d'eau pour trois lampes. L'entretien
reste très délicat et prend beaucoup de temps
(nettoyage).
- La grotte Baudin présente au-moins deux particularités
qui permettent d'orienter ce choix : la marche d'approche assez
éprouvante, et la reptation dans la zone d'entrée.
La dudule et l'eau constituent un poids non négligeable
de matériel à monter, et la probabilité
est grande pour que la lampe soit vide après 50 mètres
à plat ventre. En plus le courant d'air est susceptible
de souffler la flamme systématiquement.
En résumé, pour le cas spécifique de la
grotte Baudin, un compromis intéressant pourrait être
par exemple deux lampes à acétylène et le reste
à l'électrique. Les acétos permettent un éclairage
optimal dans les salles ; les électriques s'avérant
de toutes façons indispensables dans le boyau d'entrée
«par temps de grand vent»...
|

|
Faut-il investir dans des les fameuses lampes "leds"
? Si le but est d'économiser sur les piles, alors assurément
oui ! Mais dans ce cas, et en fonction de ce que l'on trouve actuellement
dans le commerce, il est nécessaire d'opter pour un éclairage
muni de cinq lampes au minimum : découvrir le milieu souterrain
ne saurait se réduire à écarquiller les yeux
pour voir où on pose les pieds...
|
2. DEROULEMENT DE LA SEANCE

| 2.1. Présentation
de la visite. Lors de la distribution du matériel, on
pourra avoir intérêt notamment par temps chaud à
fournir un kit par personne dans lequel chacun aura sa combinaison,
son casque, et sa bouteille d'eau. La montée s'en trouvera
moins éprouvante. On n'oubliera pas de présenter l'itinéraire
et les caractéristiques de la progression sur la coupe. La
topographie en plan de la grotte peut être emportée
sous terre dans une pochette plastique.
|

|
| 2.2. Accès à
la grotte. Il est raisonnable d'envisager une bonne demi-heure
de montée. S'il n'est pas en kit, le casque sera sur la tête.
jugulaire attachée, non tant pour des raisons de sécurité
que pour éviter qu'il ne soit lâché et disparaisse
dans la pente... La «vire» équipée d'un
câble ne présente pas un risque objectif très
grand ! Toutefois, en cas d'appréhension, il conviendra d'utiliser
une longe. Attention à ne pas créer cette appréhension
par des consignes trop insistantes.
Parmi les consignes justement, on n'oubliera pas de rappeler
la présence d'une via ferrata très fréquentée
en contrebas, et en conséquence de proscrire tout jet de
pierre.
|

|
| En chemin, deux pauses sont intéressantes :

|
- La falaise de 10m, au pied de laquelle on peut aisément
«toucher» le calcaire, observer des formes d'érosion
par ruissellement et gélifraction (encorbellements, cailloutis)
; et éventuellement discuter de l'équipement des
gens au départ de la via ferrata.
- Le voisinage de la vire ensuite est un site d'observation
capital : paysage d'abord pour lequel on identifiera escarpements
+ forêt = calcaire, et pentes herbeuse = marnes imperméables.
|
|

|
Un coup d'oeil ensuite sur la source du Verneau en contrebas,
surmontée de plissements des strates très visibles
Enfin, juste après la vire, le petit escarpement à
gauche permet de montrer de près strates, joints de strates,
fissuration verticale. On peut même y montrer des spits...
|

|
Arrivé sur le site de la grotte, heureusement à
l'ombre, on aura intérêt à rendre le groupe
actif en lui suggérant de trouver l'entrée. Cela les
amènera forcément à observer d'abord le plissement
(flexure) de la grotte supérieure, qu'ils pourront ensuite
reconnaître en débouchant dans la salle Simon Chorvot.
Mais la recherche ne prendra que peu de temps : ils seront nécessairement
attirés par la pancarte avertissant des risques de crue,
mise en place à l'entrée du boyau.
2.3. Progression dans la grotte,
orientation. 
| Aucun problème pour laisser une partie du groupe partir
devant ; le cadre devant préciser simplement la nécessité
de se regrouper dans les endroits larges (salle Emmanuel, salle
du Chaos).
L'arrêt et le rassemblement du groupe dans la salle Simond
Chorvot donnera lieu impérativement à une remise
en état des lampes à acétylène,
car il est exclu au-delà que quelqu'un ait un éclairage
défaillant.
|

|
Après la salle Simon Chorvot, il sera intéressant
d'utiliser la topographie, soit en demandant au groupe de se situer
sur le plan, soit en leur confiant le plan pour qu'eux-mêmes
se rendent à un endroit précis.
Il n'y a pas de difficulté de progression ; les consignes
pourront se limiter à signaler certains passages glissants,
et à ne pas trop salir l'eau des gours. Le groupe s'arrêtera
forcément devant le siphon des Bouboules ou le passage des
Parisiens.
|

|
Jusqu'à l'année 2000, le passage des Parisiens
était une voûte mouillante particulièrement
sélective ! Mais depuis, la voûte justement ayant été
sensiblement "réhaussée", l'obstacle n'est
plus aussi radical. Il est donc parfaitement envisageable pour tout
le groupe d'accéder à la Salle Hope. Cela étant,
l'embourbement reste inévitable, et le "bain de siège"
probable... On n'aura donc pas intérêt à s'éterniser
au-delà !
|

|
|

|
Dans la Salle Hope, consigne ferme de longer la paroi de gauche
: il y a risque de chute au centre de la salle. Inutile d'aller
dans le boyau d'accès au collecteur, par contre on pourra
diriger le groupe vers le point bas de la salle, où la descente
sur la calcite est de toute beauté. Dans une niche concrétionnée,
une cascatelle alimentée par le ruisselet en
provenance du passage des Parisiens, permet de se laver
un peu...
Puis, la sortie se fera dans la foulée pour éviter
le refroidissement des gens mouillés ; les observations sur
la cavités doivent donc être réalisées
avant !
|
| Une variante dans les objectifs de la visite ; il n'est pas absurde
d'utiliser le puits de 4m reliant la Galerie Principale et la Galerie
des Gours pour pratiquer une initiation au descendeur. Une corde
est installée à demeure. Cela n'entraînera pas
une attente démesurée puisqu'il ne sera pas nécessaire
de remonter par là, et ajoutera une dimension technique à
la visite. Attention, cette activité impose l'acheminement
d'un matériel plus conséquent.
En tout état de cause, une visite complète telle
qu'elle est envisagée dans le présent document, n'est
concevable que sur une bonne demi-journée, dont au moins
2 heures à 2 h30 sous terre...
|

|
3. OBSERVATIONS A L'INTERIEUR
DE LA GROTTE 
3.1. De l'entrée à
la salle Simond Chorvot, le type de progression oblige à
voir les choses de près ! Dès le premier élargissement,
il est possible de montrer et d'expliquer l'évolution de
la galerie.
| Joint de strate parfaitement visible, dont le pendage
descend vers l'intérieur de la grotte, diaclase plus
discrète mais bien présente au centre du plafond,
coups de gouge parfaitement identifiables sous le joint de
strate : cet ensemble témoigne d'un creusement syngénétique
(noyé, sous pression, à écoulement rapide),
la disposition des coups de gouge montrant que l'eau coulait
vers l'extérieur, donc à contre pendage.
|

|
Cette galerie a évolué en conduit paragénétique
(écoulement lent, sédimentation), avec dépôt
d'argile très fine. témoignant de l'extrême
lenteur de l'écoulement à ce niveau, puis même
d'un trottoir de calcite d'un à deux centimètres
d'épaisseur (bien visible juste avant la salle Simond Chorvot),
dernière phase de la fossilisation de la galerie.
Il sera intéressant également de montrer le tronçon
de galerie, plus spacieuse, se dirigeant vers la grotte supérieure
repérée à l'extérieur.
Dans la salle Emmanuel, on peut profiter de la station debout
pour montrer la coulée de calcite, parfaitement fossile
ici, mais que l'on pourra comparer plus loin avec la "cascade"
de la galerie principale.
3.2. De la salle Simond Chorvot
au P4.
| La salle Simon Chorvot est un point de rassemblement obligé,
dans lequel le groupe aura besoin de souffler un peu. Son intérêt
est bien sûr d'ordre géologique,
et plus précisément tectonique. Pour une meilleure
observation du plissement, le cadre aura intérêt
à disposer quelques lampes à acétylène
près de la sortie du boyau, et à faire monter le groupe
assez haut sur le talus d'argile à gauche (vers le nord).
Il n'est pas judicieux ici d'insister sur le miroir de faille,
celui-ci étant beaucoup plus évident un peu plus loin.
|

|
La galerie qui suit est intéressante à plus d'un
titre. D'abord, les coupoles de dissolution au plafond attestent
d'un creusement en régime noyé ; or la galerie descend,
alors qu'on a vu auparavant que l'eau ressortait. Le cadre doit
donc clairement expliquer ici que l'eau remontait à
contre-pendage. De l'eau qui coule du bas vers le haut, c'est une
chose que les néophytes n'appréhenderont jamais seuls.
D'autant que la présence et la disposition des gours atteste
d'un écoulement actuel, certes réduit, mais dans l'autre
sens...
3.3. La galerie des Gours.
| L'intersection de la galerie de la boue et de la galerie des
gours se situe au niveau d'un bloc intéressant à observer.
On peut y voir, et même toucher, un miroir de faille remarquable
; la similitude entre la surface du bloc et celle du plafond
est frappante, et le sens des stries indique clairement
celui du glissement.
Après cette observation de près, l'ensemble du
plafond à la base du P.4 permet d'expliquer avec un point
de vue plus général ce qu'est véritablement
une faille, ou plutôt un ensemble de failles (on peut
déceler plusieurs miroirs de faille superposés)
|

|
|

|
Au sommet de la galerie des gours, les observations porteront
sur le concrétionnement. C'est le point d'observation
idéal pour évoquer stalactites, stalagmites, fistuleuses,
et argile de décalcification. On pourra aussi profiter
(avec délicatesse) de la présence dans les traces
de bottes de calcite flottante pour détruire l'idée
reçue selon laquelle il faudrait des milliers (parfois millions
!) d'années pour que la calcite se dépose.
|

|
| La descente sur les gours gagnera en esthétisme si le
groupe s'étale en peu (éclairage du profil de la galerie).
C'est là le meilleur emplacement pour évoquer la formation
des gours. Le caractère visqueux du siphon des Bouboules
permet de mettre en évidence une étape essentielle de l'évolution
d'une galerie : comment elle peut se combler entièrement.
Cela permet de présenter une activité pas du tout
évidente pour le néophyte : la désobstruction.
|

|
3.4. La galerie des Parisiens
et la salle Hope. 
|

|
A ce stade des observations, l'origine paragénétique
de la galerie des Parisiens doit être évidente pour
le groupe. L'existence de la "cascade" ajoute une phase
récente de surcreusement du remplissage argileux.
Au-delà du passage des Parisiens, la salle Hope apparaît
comme le plus gros volume de la grotte, et servira d'exemple pour
évoquer «ce qu'il y a derrière» (le collecteur).
Une observation globale du concrétionnement s'impose, ainsi
qu'un repérage de la sortie du siphon des Bouboules : il
sera judicieux à cet endroit de ressortir la topo. On peut
éventuellement aller jeter un coup d'oeil dans la galerie
d'accès au collecteur, pour voir l'équipement du premier
ressaut : au retour, le groupe s'engagera vraisemblablement dans
la galerie du Pat, occasion d'une sensibilisation à la question
fondamentale de l'orientation sous terre.
|
3.5. Autres observations sous
terre.
Sauf peut-être en été, la présence
de chauves-souris est à rechercher dans à peu
près toute la grotte. Il n'y a pas de colonie à proprement
parler, mais on doit pouvoir en montrer quelques unes, en évitant
évidemment de les déranger. A noter surtout la présence
de 3 cadavres de chauves-souris dans la galerie principale
: posées sur l'argile sèche, contre la paroi de gauche,
à mi-chemin entre la cascade et le passage des Parisiens.
N'y touchez pas ! Vous pourrez ainsi montrer les squelettes pendant
des années...
Le sommet de la galerie des gours, et plus généralement
toutes les zones humides sont favorables à la recherche des
petits cavernicoles : il faut regarder de près, mais
il y en a. Des ossements de rongeurs sont repérables
et bien conservés dans les zones sèches (salle Simond
Chorvot). La faune pariétale troglophile (araignées,
papillons) est assez abondante dans la galerie d'entrée.
| Dans cette même galerie d'entrée, on sera évidemment
amené à expliquer l'existence du courant d'air,
qui constitue la première «sensation forte» des
membres du groupe.
La grotte n'a pas partout son aspect originel (heureusement...).
On sera donc amené à décrire, et à justifier,
les différents travaux d'aménagement (rampings à
l'entrée, passage des Parisiens, fils de détonateurs
dans la salle Hope).
|

|
Enfin, l'usage de la topographie amènera des questions
sur la toponymie. Il conviendra pour le cadre de connaître
la signification des noms propres...On pourra par exemple proposer
pour la salle Hope à la fois une version anglophone et une
interprétation plus triviale !
| 4. AU RETOUR
Le cadre peut sans problème fermer la marche à
la sortie de la grotte. Une consigne de prudence s'avère
néanmoins nécessaire pour éviter que quelqu'un
ne roule dans la pente à l'extérieur.
Le retour au gîte est évidemment plus rapide que
la montée. La vigilance du cadre n'en sera que plus
grande, car celle du groupe sera fortement amoindrie, du fait de
la fatigue et de l'euphorie de sortir du trou.
|

|
Si le temps le permet, une visite à la source du Verneau
apportera un complément capital à tout ce qui a été
vu dans la grotte, en visualisant notamment la notion de collecteur,
impossible à appréhender dans la brotte Baudin.
Enfin, arrivé au gîte, on pourra conclure la séance
en observant le plan général du réseau du Verneau,
ce qui amènera les participants à relativiser ce qu'ils
auront exploré. Il sera nécessaire à cette
occasion de présenter une chronologie des explorations, les
problèmes posés, de décrire la traversée...
ce qui implique évidemment d'avoir consulté les publications
majeures sur le réseau, ou mieux, de l'avoir soi-même
visité !
|

|
5. BIBLIOGRAPHIE DE BASE

- Sur le Verneau et la grotte Baudin :
- Chorvot G. -1984 - Une épopée souterraine : les
explorations dans le Verneau.
- Aucant Y., Schmitt C., Urlacher JP. -1985 - Le Verneau souterrain.
|
| - Sur les observations et explications à développer
:
Dossiers-Instruction de l'EFS, notamment :
- Approche de la biospéologie.
|

|
|